Marie, la protectrice des chrétiens
- Paroisse de la Sainte Trinité

- 19 févr.
- 6 min de lecture
Étroitement associée à l’œuvre de salut de son Fils, Marie occupe une place unique parmi les hommes : en acceptant de devenir la Mère de Dieu, Marie est la première personne du genre humain à réaliser le but de l’Incarnation du Sauveur. Tout son être a été totalement transfiguré. L’Église confesse qu’elle est passée de la mort à la vie et qu’elle siège dès maintenant dans le Royaume : elle prie désormais pour tous les hommes qui sont encore dans l’attente du Jugement dernier et de la résurrection finale annoncée par le Christ.
Pour cette rubrique « Iconographie » nous avons choisi de vous donner le commentaire d’Hélène Bléré sur l’icône, très vénérée à la Crypte, ayant pour titre « La Protection de la Mère de Dieu ». Dans cette icône s’expriment l’amour et l’action bienfaisante de Marie envers tous les hommes. En découvrant la Mère de Dieu, l’homme découvre simultanément le Christ et l’Église. Et inversement, c’est à travers la participation à la vie de l’Église et en suivant le Christ qu’il découvre Marie.
L'origine de la fête et le miracle des Blachernes
Parmi les fêtes se rapportant à un miracle ou une apparition de la Mère de Dieu, celle de la « Protection de la Mère de Dieu » – ou Pokrov, en russe – mérite une attention particulière. En effet, le thème central de la fête porte sur l’invisible protection exercée par la Mère de Dieu sur le monde entier en tout lieu et en tout temps. Instituée pour commémorer une apparition de la Mère de Dieu, par laquelle la ville de Constantinople fut miraculeusement délivrée d’une invasion, cette fête est célébrée avec beaucoup de ferveur en Russie le 1er octobre. La composition de l’icône est tirée du récit de la vie de saint André le « fol-en-Christ ».
Ce dernier vivait à Constantinople au xe siècle et il avait l’habitude d’assister régulièrement aux offices célébrés dans l’église des Blachernes. Un jour, pendant la célébration des vigiles, saint André et son disciple Épiphane virent la Très-Sainte Mère de Dieu s’avancer au milieu de l’église, escortée de nombreux saints avec à leur tête saint Jean-Baptiste et saint Jean l’Évangéliste. La Vierge resta longuement en prière puis, ôtant le voile rayonnant qui l’enveloppait, elle l’étendit au-dessus de l’assemblée présente dans l’église.
Description de l’icône
Sur l’icône, nous voyons la Mère de Dieu se tenir debout au-dessus de l’assemblée, les deux bras levés en un geste de prière, telle la Vierge orante intercédant pour le monde entier. Le voile qu’elle tient dans ses mains forme une sorte de voûte ou d’arc planant au-dessus de la tête des fidèles. Sur certaines icônes, nous voyons la Mère de Dieu au centre d’une mandorle et en présence de séraphins : ces attributs iconographiques servent à souligner le caractère divin de la vision et la dignité éminente de celle qui est « plus vénérable que les chérubins et combien plus glorieuse que les séraphins ». Une procession de saints entoure la Reine des Cieux, conduite de chaque côté par saint Jean le Précurseur et saint Jean l’Évangéliste. Le rouleau dans la main de saint Jean-Baptiste comporte l’inscription suivante : « Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est proche » (Mt 3, 2).
La rangée du bas représente la foule des fidèles et des hiérarques présents dans l’église. À gauche figure saint André, le fol-en-Christ, dont le corps est à peine recouvert d’un manteau. Cet homme de prière, habillé comme un vagabond, désigne de sa main la Mère de Dieu à son disciple Épiphane situé juste derrière lui. Certaines icônes de la fête comportent une figure supplémentaire introduite au milieu de la rangée inférieure. Il s’agit de saint Romain le Mélode, dont la fête est célébrée le même jour que celle de la Protection de la Mère de Dieu.
Saint Romain le Mélode
Il était diacre à Constantinople au vie siècle. Hélas, Dieu l’avait doté d’une voix fort peu harmonieuse, ce qui le désolait profondément. Un jour, alors qu’il s’était rendu à l’église des Blachernes pour assister à la vigile de la Nativité, la Mère de Dieu lui apparut, tenant à la main un parchemin roulé qu’elle lui donna à manger. Dès qu’il y eut goûté, sa bouche fut emplie d’une douceur ineffable et il se mit aussitôt à entonner d’une voix angélique le kondakion qui est chanté jusqu’à nos jours : « La Vierge en ce jour met au monde l’Éternel ». Ayant reçu ce don, et inspiré par le Saint-Esprit, il composa beaucoup d’hymnes sublimes, dont peut-être le célèbre Acathiste à la Mère de Dieu dont l’origine demeure un mystère. Nous voyons sur l’icône Romain le Mélode debout sur la chaire réservée aux lecteurs, revêtu d’une dalmatique diaconale et portant un rouleau sur lequel est inscrit le kondakion de Noël. L’assemblée admirant son chant est réunie autour de lui – l’empereur, le patriarche, les évêques, les moines et les fidèles.
Le sens de l’icône
L’arrière-plan architectural de l’icône évoque, quant à lui, le sanctuaire des Blachernes à Constantinople. Ce modèle iconographique met en évidence deux personnages importants – saint André le fol-en-Christ et saint Romain le Mélode – qui ont pour point commun d’avoir bénéficié d’une apparition de la Mère de Dieu dans l’église des Blachernes, tout en n’étant pas contemporains l’un de l’autre. Nous retrouvons ici un des traits majeurs du langage iconographique dont le but est de représenter l’essence des choses dans leur éternité. La présence anachronique des deux saints témoigne ainsi de la protection permanente exercée par la Vierge à toutes les époques.
Au cours de la fête, l’Église chante : « En ce jour nous célébrons ta fête lumineuse, ô Mère de Dieu, nous les fidèles protégés par ta venue et, contemplant ta vénérable icône, avec tendresse nous disons : couvre-nous de ta sainte protection et délivre-nous de tout mal, priant ton Fils, le Christ notre Dieu, d’accorder à nos âmes le salut ».
Cette icône transmet deux messages : d’une part, elle met en relief la puissance d’intercession de Marie par laquelle les hommes reçoivent aide et réconfort dans les épreuves, en tout temps et en tout lieu ; d’autre part, elle montre l’Église terrestre et céleste réunie autour de celle qui occupe la première place parmi les êtres créés, en tant que Mère de Dieu et Reine du Ciel. En la personne de Marie, l’amour de Dieu et l’amour de l’homme se rejoignent, trouvant leur accomplissement dans l’Incarnation du Christ. Par son libre consentement à la venue du Seigneur en elle, la Mère de Dieu représente le modèle parfait de l’être humain en qui s’est réalisée l’union avec Dieu par l’action et la puissance du Saint-Esprit. C’est pourquoi tous les saints, devenus porteurs de l’Esprit, et tous les hommes en quête de Dieu, se tournent vers elle, cherchant aide et consolation auprès de celle qui est capable de les assister en toutes circonstances.
Par sa présence ineffable, Marie annonce et préfigure le Royaume car la Tradition de l’Église croit qu’elle est la première personne du genre humain en qui le salut s’est entièrement réalisé, avant le Second Avènement. Le grand nombre d’icônes consacrées à la Mère de Dieu atteste la vénération que lui portent les chrétiens. Quant aux poèmes composés en son honneur et aux écrits des saints Pères la concernant, ils forment comme un ensemble d’« icônes verbales » d’une grande beauté. Tout ce qui se rapporte à la Mère de Dieu est à la fois de l’ordre du divin, de l’humain et du mystère, et relève d’un trésor ineffable précieusement gardé par la Tradition.
Nous aimerions conclure en citant un passage du poème composé par saint Ephrem le Syrien au IV° siècle. Nous invitant à contempler le mystère des réalités visibles et invisibles vécu dans l’Église, ce texte donne exceptionnellement la parole à Marie qui s’adresse directement à son Fils :
« Quand je vois ton image, l’extérieure, qui est devant mes yeux, ton image invisible est peinte en mon esprit. Dans ton image visible c’est Adam que j’ai vu ; et dans l’invisible, c’est ton Père que j’ai vu, à toi si étroitement uni. Serait-ce à moi seulement qu’en deux images tu as montré ta beauté ? Que le Pain te représente, et l’esprit (humain) aussi ! Habite le Pain et ceux qui le mangent ! Dans l’invisible et le visible que ton Église te voie, comme Celle qui t’a enfanté ! »
En découvrant la Mère de Dieu, l’homme découvre simultanément le Christ et l’Église. Et inversement, c’est à travers la participation à la vie de l’Église et en suivant le Christ que l’on découvre Marie, qui témoigne par sa présence silencieuse de la possibilité de la vie en Dieu offerte à tout être humain. Et l’icône de la Mère de Dieu ouvre secrètement les yeux du cœur sur l’amour du Christ qui se donne à tous les hommes.
HÉLÈNE BLÉRÉ
Ce texte que nous publions avec l’autorisation de notre amie Hélène iconographe qui collabore régulièrement à notre bulletin a été revu d’après son ouvrage malheureusement épuisé mais consultable dans toutes les bonnes bibliothèques « Lumière joyeuse, le langage de l’icône », Éditions Racine, 2014.



