L'icône de l'Annonciation
- Paroisse de la Sainte Trinité

- 19 févr.
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La fête de l’Annonciation s’appuie directement sur le texte de saint Luc rapportant la rencontre entre Marie et l’archange Gabriel (Lc 1, 26-38). Venu lui annoncer qu’elle enfanterait le Christ, Gabriel la salue par ces mots : « Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28). Marie est celle qui a trouvé grâce auprès de Dieu, celle qui est bénie entre les femmes. Suit un dialogue au cours duquel l’archange révèle à Marie le mystère de la conception virginale du Fils de Dieu par la puissance de l’Esprit Saint. La réponse finale de Marie acceptant d’être la mère du Messie constitue en tout premier lieu un émouvant acte de foi de la Vierge dans le message envoyé du ciel : « Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu l’as dit ! » (Lc 1, 38).
En second lieu, cet acquiescement manifeste la sainteté personnelle de Marie qui, en acceptant en son sein l’Incarnation du Christ, exprime la valeur suprême de la liberté humaine : en effet, sans cet accord libre, Dieu n’aurait pas pu devenir homme. Par son appartenance à la race des hommes, la Vierge accepte la volonté divine non seulement en son nom propre, mais aussi au nom de toute l’humanité, et ceci permet de dire que, dès cet instant, c’est aussi toute la création qui est appelée à « recevoir » Dieu en vue du salut et de la vie éternelle.
C’est pourquoi la fête de l’Annonciation est placée sous le signe de la joie, car elle marque le moment de la nouvelle alliance entre Dieu et sa création :
« Voilà l’événement central de l’histoire de l’humanité : le Créateur vient rendre visite à sa création, Il entre dans sa création ! On peut supposer qu’en créant le monde, Dieu avait déjà prévu de visiter sa création et qu’il ne s’agissait pas simplement de corriger les effets du péché et de pardonner à l’homme. Il ne s’agit pas seulement de restaurer l’image de Dieu souillée, mais il s’agit vraiment, on peut le dire, de déifier la création. […] Cela signifie que toute la vie de l’homme, y compris sa vie charnelle, peut et doit être pénétrée de divinité » écrit le père Cyrille Argenti.
L’Annonciation fait partie des grandes fêtes du cycle liturgique et l’icône qui lui correspond apparaît deux fois sur l’iconostase : dans la rangée des Grandes Fêtes et sur les portes saintes donnant accès au sanctuaire.
La composition de l’icône de l’Annonciation est fidèle à la simplicité du récit évangélique : à gauche figure l’archange Gabriel en tant que messager céleste et à droite se tient la Vierge, assise sur un trône ou bien debout. La scène se passe à Nazareth, en Galilée, précise l’évangéliste Luc (Lc 1, 26).
Il existe plusieurs variantes de cette icône, toutes destinées à mettre en valeur les différents aspects du mystère représenté. Une des plus répandues place l’accent sur la soudaineté de l’événement et la fulgurance du message divin annoncé à Marie. Gabriel tend la main droite vers Marie en un geste de salutation et de bénédiction ; il est représenté les ailes déployées et les pieds ne touchant pas encore le sol. La Vierge est assise sur un trône richement garni de coussins brodés et recouvert d’assiste parfois, signifiant la gloire de celle qui l’occupe. Elle fait un geste de la main droite en direction de l’archange, dans lequel on peut voir l’expression de ses sentiments tels qu’ils sont rapportés avec finesse et profondeur dans les hymnes liturgiques de la fête : stupeur, étonnement, interrogation, réserve, acceptation… Elle tient dans sa main gauche l’écheveau de laine pourpre servant à tisser le voile du Temple. Le fond de l’icône est occupé le plus souvent par deux bâtiments reliés entre eux par une étoffe de couleur rouge signifiant que l’événement représenté se déroule à l’intérieur. Cette étoffe reliant les édifices ainsi que la forme étrange et irréaliste de ceux-ci font partie du langage iconographique et ont pour but de montrer une réalité transfigurée, n’obéissant plus aux lois de ce monde. Dans la partie supérieure de l’icône figure un demi-cercle de couleur bleue d’où partent trois rayons lumineux en direction de la Toute Sainte, symbole des cieux élevés et de l’action de l’Esprit Saint.
D’autres icônes de l’Annonciation placent l’accent sur l’accomplissement du mystère divin dans son sein. Dès son acceptation, la Vierge est déjà la Mère de Dieu et Jésus prend corps dans le sein de Sa Mère.
Ce moment décisif est souligné dans certaines icônes de l’Annonciation d’un type particulier, qui laissent apparaître sur le buste de la Vierge la figure d’un petit enfant.

Icône de l’Annonciation, deuxième moitié du XIIème siècle, école de Novgorod, Galerie Trétiakov, Moscou
On en trouve la correspondance liturgique dans l’Hymne Acathiste, chantée en l’honneur de la Mère de Dieu pendant le Grand Carême :
« Du ciel fut envoyé un archange éminent pour dire à la Mère de Dieu : Réjouis-toi ! Et te voyant, Seigneur, prendre corps à sa voix, il clame sa surprise et son ravissement : réjouis-toi, qui fait briller notre salut, réjouis-toi, par qui le mal a disparu, réjouis-toi, car tu relèves Adam déchu, réjouis-toi, car Ève aussi ne pleure plus. […] Réjouis-toi, Épouse inépousée ».
HÉLÈNE BLÉRÉ
Extrait de « Lumière Joyeuse-Le langage de l'icône » par Hélène Bléré. Éditions Racine (Bruxelles), 2014. p.250-253.



